Le Mangeur de Monde

Dialogue entre deux comédiens et une marionnette géante, le spectacle de rue Le Mangeur de Monde narre la fable d’un criquet glouton, métaphore des appétits voraces d’une humanité en passe d’engloutir la planète. Alliant réflexion sur notre rapport à l’environnement et défi technique, cette création s’articule autour d’un criquet mécanisé de la taille d’une voiture. Espoir ou fatalité, l’insecte invite le public pour un saut unique, mais quotidien.

Ecriture : Émile Crevette
Composition-création musicale : Johann Treichel
Scénographie : Lucas Schlaepfer
Construction : Hélène Meyssirel, Myriam Laribi, Vincent Bilat
Mise en scène : Jennifer Moser Wesse
Jeu : Aurore Faivre, Antonio Llaneza
Costumes : Sophie Schmid
Direction technique : distribution en cours
Conseiller technique : Xavier Riou
Graphisme : Loïc Reichenbach
Illustration : Frédéric Millioud
Administration : Carol Le Courtois
Production : Cie Balor
Partenaires : La Plage des Six Pompes

Conception du projet
Les Inuits voient fondre la banquise, les Polynésiens sombrer leurs îles, des forêts brûlent quand se remplissent de viande et d’or les cargos transatlantiques. Il y a 10 ans, les occupants de Wall Street clamaient nous sommes les 99% qui ne tolèrent plus l’avidité et la corruption des 1% restant. Aujourd’hui, des gilets jaunes fleurissent sur les ronds-points, des cortèges de fières amazones et de jeunes grévistes climatiques prennent la rue. Cette convergence des mouvements mettant en cause notre modèle socio-économique et appelant à changer le monde pour qu’il puisse y avoir encore un monde a inspiré la nouvelle création de la Compagnie Balor. Dans nos espaces saturés de bruit et d’engins motorisés, ses performances de rue interrogent les usages du mouvement et de la ville. Aimant à se questionner et se lancer des défis, la compagnie se montre sensible aux menaces pesant sur notre environnement et a choisi de mettre au cœur du projet l’animal qui incarne un châtiment ailé de l’humanité, telle une figure vengeresse de la nature. Annonciatrices de fin du monde, ses invasions récurrentes et dévastatrices annoncent la famine et la mort. Premier insecte dessiné il y a 10'000 ans, le criquet est devenu animal de laboratoire, surveillé en permanence par satellite. Éternel voyageur solitaire à la stratégie opportuniste, il se joint à ses semblables pour ravager des millions d’hectares. Sa pullulation n’est que difficilement circonscrite par des insecticides hautement toxiques.


Si l’être humain est en passe d’engloutir la Terre, mettant fin à sa propre espèce, Le Mangeur de Monde lui tend un miroir dans lequel il pourrait bien se reconnaître sous les traits de cet autre fléau : le Criquet. Joignant fable écologique et puissance visuelle de la performance, le spectacle invite à voyager sur les terres de l’imaginaire et à l’exploration des possibles, entre espoir et incertitude.
« Pas de côté » de la décroissance face à l’inertie et à la destruction généralisée qui s’annonce, bond en avant des technologies « vertes » espérées sans savoir quel futur elles nous réservent, ou élan vers l’inconnu libérant  les forces créatrices et le collectif, qui reprennent les choses en main : chaque jour, le saut final du Criquet permet à chacun de donner libre cours à son interprétation et de partager ses réflexions.

dessin par Lucas

Note d’intention
Le Criquet, Mangeur de Monde est un récit qui s’approche de la fable. Déjà parce que cet animal sera au centre du propos comme représentation allégorique de l’homme glouton et ravageur de mondes, mais ensuite parce que nous soumettrons à la sagacité du public le droit d’en tirer morale. La rue est un espace bruyant où la présence de la foule se joint au lamento permanent de la motorisation. Il n’y a pas de ville silencieuse hormis les ruines de Pompéi et les causes sont à rechercher ailleurs que dans la sagesse de ses habitants, aujourd’hui cendres et fantômes. Amener le théâtre, donc la parole dans un milieu sonore hostile est une gageure. La forme du récit doit être simple et incisive, les situations doivent se comprendre dans l’instant et le spectateur, passant mobile, doit être retenu par les filets de la curiosité. La fable est le produit des conteurs, la fable contient en son sein l’affabulation et par conséquent est petite sœur du mensonge. Nous le voyons, la fable est efficace. De plus se sachant menteuse, elle se paie de vérités. Voilà pourquoi nous retenons la fable comme navigation ou plutôt comme frégate, navire élégant et armé de canons sur chaque bord, voiles filantes sur les mers imaginaires des récits inventés.

dessin par Lucas

Le récit
Qui est donc ce criquet glouton ? Certains diraient : la mauvaise part des hommes.
Toutefois nous espérons que même le plus mauvais des individus conserve une parcelle d’humanité suffisante afin de rester un criquet parmi les criquets et deviner l’empathie supérieure à l’indifférence. Nous voulons croire à cela avec lucidité. Car à y regarder de plus près, un criquet avance par bond et en troupe. Ainsi réunis, ils dévorent la fortune des plus faibles et des plus travailleurs ne laissant que champs de ruines et misère. Certains se sont établis sur des territoires aux noms étranges comme Wall Street ou la City, parlent une langue avec des mots comme : Forex, Nikkei, indice, market, cashflow. En général, ce criquet rêve de voyage touristique dans les étoiles et mesure sa force à l’extravagance de ses possessions. Son champ de vision est étroit et il ne connait pas le prix du pain et de la sueur. Sa réalité est celle qui se vit quotidiennement sur les tours d’argent, dans les piscines dorées et le confort permanent. Il est heureux parce que l’air est tiède et la moisson toujours à disposition. Comment être malheureux si l’on ne connaît pas le malheur ? D’une autre manière, les larmes des riches ne sont que des larmes. Imaginons ce criquet rencontrer une fille qui ne vit que de vent. Imaginons que ce criquet découvre en lui une part de malheur par la méconnaissance de la simplicité des choses. Imaginons que ce criquet ressente la chaleur de l’incendie climatique alors que l’allumette qu’il tient en main lui brûle soudainement les doigts - la morsure de la responsabilité. Imaginons un dialogue entre cette fille belle comme le jour et cet être de kératine égaré dans une rue inconnue. Alors tout devient possible.

Scénographie
Figure tutélaire du spectacle Le Mangeur de Monde, le Criquet est une marionnette mécanisée et à propulsion dont les dimensions s’apparentent à celles d’une voiture, en écho à la Coccinelle censée équiper tout un chacun au sortir des années 30, devenue favorite des hippies, et, comme ses semblables, moteur du réchauffement climatique.
Sa conception, sa construction puis sa manipulation constituent tout autant un défi artistique qu’une performance technique. Née d’un amas de ferraille de récupération, cette structure métallique enserre la puissance et la vitesse d’une arbalète géante. Entre équilibre et volant d’inertie, le Criquet déploiera ses ailes avant le saut et tentera de maîtriser le hasard de l’atterrissage, à l’instar de son frère insecte dont le saut utilise un système de catapulte qui le lance en l’air, sans contrôler exactement sa destination. Dans l’aléatoire de cette fuite en avant, le public saura certes comment et d’où il décolle, mais ne connaîtra pas plus que lui le lieu de l’atterrissage.  Au fur et à mesure des représentations, les techniciens-acteurs pareront à d’éventuels démantèlements et feront évoluer, à vue du public, l’aspect et le caractère de la marionnette.

dessin par Lucas

Mécanique
Montée sur des ressorts lui permettant de hocher légèrement de droite à gauche, la tête du Criquet est animée de mandibules articulées. Son corps repose sur l’assemblage de deux poutrelles métalliques longues de deux mètres, fidélisées par une charnière à l’une des extrémités. Une gigantesque arbalète se trouve dans la poutrelle supérieure, sa flèche dirigée vers le bas et fixée à la poutrelle inférieure. Ainsi, lors du déclenchement du saut, elle repousse la poutrelle inférieure, créant un écartement en forme de V. C’est un  système de cric avec une vis sans fin, comme celui d’une voiture, qui permet de tendre la corde de l’arbalète. À l’image des automates que l’on remonte, un mécanisme de pendule commande la gâchette de l’arbalète, comme une minuterie égrenant la durée avant le bond final.  Dans le même temps, les ailes du Criquet se déploient en éventail, tirées par une cordelette reliant chacune de leurs baleines, dont le contre-poids tombe dans le vide lorsque s’écartent les deux poutrelles. Tout en retenant le mouvement tels des crampons ancrés au sol, les pattes arrières du Criquet propulsent l’insecte vers l’avant. Les roulettes positionnées sur l’avant de la poutrelle inférieure dirigent l’avancée et guident la trajectoire, ses quatre autres pattes venant amortir l’atterrissage de la marionnette.

dessin par Lucas

Calendrier du projet

Mai-Juin 2020
Études, préparation
Essais techniques


Juillet 2020-Mai 2021
Construction du Criquet
Résidences de construction


Septembre-Octobre 2020
Ecriture
Composition musicale


Mai-Juin 2021
Répétitions
Création


Juillet 2021
Sorties de résidences


Du 1er au 7 août 2021
Représentations à la Plage des Six Pompes, La Chaux-de-Fonds


Mai-Août 2022
Tournée en Suisse, Belgique et France

dessin par Lucas